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CHRONIQUE | PAR CHRISTHELLE HOUNDONOUGBO

PRISONNIERS LIBRES : CES CHAÎNES QUE PERSONNE NE VOIT

PRISONNIERS LIBRES : CES CHAÎNES QUE PERSONNE NE VOIT

Ils n’ont ni barreaux, ni gardiens, ni portes verrouillées. Pourtant, ils sont nombreux à vivre enfermés. Derrière un sourire, une réussite ou une apparente sérénité peuvent se cacher la peur, la culpabilité, la honte, les regrets, les blessures du passé ou encore une profonde solitude. Dans cette chronique, Christhelle HOUNDONOUGBO nous invite à regarder au-delà des apparences et à interroger ces prisons invisibles qui empêchent parfois l’être humain de vivre pleinement sa liberté.

Quand la liberté devient une illusion

Il existe des prisons que l’on peut voir. Elles ont des murs, des grilles, des portes et des serrures. Elles ont des gardiens et des horaires de visite. Elles sont connues, identifiées et reconnues par la société.

Mais il existe une autre forme de prison, beaucoup plus silencieuse.

Une prison sans murs.

Une prison sans barreaux.

Une prison sans gardien.

Elle se trouve parfois au plus profond de nous-mêmes.

La peur peut en devenir le gardien. La culpabilité, la serrure. Le regret, le mur. La honte, les barreaux. Le ressentiment peut devenir une chaîne qui nous attache à une histoire que nous voudrions pourtant oublier.

Et le plus terrible, c’est que certaines personnes sont juridiquement libres, socialement intégrées et matériellement comblées, mais demeurent intérieurement captives.

Une réussite qui cache une blessure

Imaginons cet homme qui vient d’obtenir une fonction prestigieuse. Autour de lui, les sourires se multiplient. Les félicitations pleuvent. Sa famille est fière. Ses amis parlent de réussite.

Pourtant, lui seul connaît le poids du secret qu’il porte.

Pour accéder à cette position, il a peut-être enjolivé son parcours. Certains éléments ont été exagérés, d’autres volontairement passés sous silence.

Depuis sa nomination, une question le poursuit :

« Et si un jour ils découvraient la vérité ? »

Personne ne le poursuit. Aucun tribunal ne l’a condamné. Aucun gardien ne se trouve devant sa porte.

Mais sa conscience, elle, ne lui laisse aucun répit.

Son bureau devient une cellule dorée. Les compliments deviennent des rappels douloureux. La réussite, qu’il avait longtemps recherchée, perd peu à peu sa saveur.

Aux yeux des autres, il a réussi.

Mais au fond de lui, il n’est pas libre.

Ces prisons qui se construisent en silence

Nous pouvons posséder une belle maison et ne jamais y trouver la paix.

Nous pouvons avoir de l’argent et manquer de sérénité.

Nous pouvons être entourés de centaines de personnes et ressentir une solitude immense.

Nous pouvons être applaudis par une foule et rentrer chez nous avec le cœur lourd.

Nous pouvons même obtenir ce que nous avons longtemps demandé dans nos prières et découvrir que la chose qui nous manquait le plus n’était ni l’argent, ni le pouvoir, ni la reconnaissance.

C’était simplement la paix intérieure.

Nous cherchons souvent la liberté à l’extérieur de nous-mêmes. Nous voulons changer de travail, de maison, de ville, d’amis ou de situation.

Mais parfois, ce n’est pas le monde autour de nous qu’il faut changer en premier.

C’est la prison que nous avons construite en nous.

Quand les blessures deviennent des barreaux

Une déception peut devenir un mur.

Une trahison peut devenir une serrure.

Une humiliation peut devenir une armure.

Une peur peut devenir un gardien.

Un échec peut devenir une condamnation.

Et une parole répétée pendant des années peut finir par devenir une vérité dans notre esprit.

« Tu n’es pas capable. »

« Tu ne réussiras jamais. »

« Personne ne t’aimera vraiment. »

« Tu n’es pas assez bien. »

À force de les entendre, certains finissent par ne plus distinguer la parole des autres de leur propre voix intérieure.

Ils ne disent plus :

« On m’a dit que je ne pouvais pas réussir. »

Ils disent :

« Je ne peux pas réussir. »

C’est ainsi qu’une parole extérieure devient une prison intérieure.

Se libérer commence par soi

La véritable libération ne consiste pas à effacer son passé.

Elle consiste à refuser que ce passé continue de gouverner notre présent.

Se libérer, c’est reconnaître ses blessures sans leur permettre de définir toute notre existence.

C’est affronter ses peurs.

C’est accepter ses erreurs.

C’est demander pardon lorsque cela est nécessaire.

C’est apprendre à pardonner lorsque cela est possible.

C’est surtout comprendre que ce que nous avons vécu ne doit pas forcément déterminer ce que nous deviendrons.

Certaines chaînes doivent être brisées.

D’autres doivent simplement être déposées.

Car parfois, nous cherchons désespérément quelqu’un pour venir nous libérer alors que la porte de notre prison est déjà ouverte.

La plus grande liberté

La véritable liberté n’est peut-être pas celle que le monde nous accorde.

Elle est celle que notre conscience nous permet de vivre.

Être libre, c’est pouvoir regarder son passé sans en être prisonnier.

C’est pouvoir regarder son présent sans en avoir honte.

C’est pouvoir regarder son avenir sans être paralysé par la peur.

Nous pouvons être libres aux yeux du monde et prisonniers de nous-mêmes.

Mais nous pouvons aussi traverser les épreuves, porter nos blessures et malgré tout choisir la paix.

Parce que la prison la plus difficile à quitter n’est pas toujours celle dont les portes sont fermées. C’est parfois celle dont nous avons oublié que nous avions la clé.

Par Christhelle HOUNDONOUGBO

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