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Métier traditionnel en voie d’extinction

Où sont passés les « Wa gan hi » ?

Où sont passés les « Wa gan hi » ?

Jadis omniprésents dans les rues de Porto-Novo, les aiguiseurs ambulants de couteaux ont presque disparu du paysage urbain. Entre modernisation des ustensiles, évolution des habitudes domestiques et concurrence technologique, un savoir-faire populaire s’efface peu à peu.

Le temps des cris familiers

« Wa gan hi… wa gan hi ! » Ce cri a longtemps rythmé le quotidien des habitants de Porto-Novo. À son écho, les ménagères sortaient leurs couteaux émoussés pour les confier à ces artisans de rue, reconnaissables à l’outil suspendu à l’épaule. En quelques gestes bien maîtrisés, la lame retrouvait son tranchant, prête à découper poisson, viande ou légumes.

Aujourd’hui, difficile de les apercevoir dans les quartiers. Les aiguiseurs traditionnels ont déserté les trottoirs, laissant derrière eux un vide culturel et un métier tombé dans l’oubli.

Le choc de la modernisation

L’arrivée progressive des couteaux en acier inoxydable, plus résistants et nécessitant moins d’entretien, a considérablement réduit la demande. Les ménages se tournent désormais vers des aiguiseurs manuels ou électriques, accessibles à moindre coût et utilisables directement à la maison.

Résultat : les services de rémouleurs ambulants ne sont plus jugés indispensables. Face à la rareté des clients, nombre d’entre eux ont dû se reconvertir pour survivre.

Une rivalité dépassée

Autrefois, leur présence ne faisait pas l’unanimité. Les forgerons voyaient en eux une concurrence directe, et l’agacement était visible. Ironie du sort, l’évolution qui a eu raison des aiguiseurs affecte aussi désormais les maîtres du feu : les nouveaux couteaux, conçus pour éviter toute exposition à haute température, échappent également aux ateliers de forge.

Un patrimoine à sauvegarder ?

L’abandon progressif de cette pratique n’est pas propre au Bénin. Partout dans le monde, les métiers artisanaux liés à la rue s’effacent devant les innovations technologiques. Pourtant, derrière l’aiguisement d’un couteau, il y avait un art, un rituel, une rencontre entre artisans et habitants.

Faut-il accepter que ces traditions disparaissent définitivement, ou envisager leur mise en valeur dans des initiatives patrimoniales ou touristiques ?

La question reste ouverte, tandis que s’éteint le souvenir des derniers « Wa gan hi » de Porto-Novo.

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