De Ouidah à Paris, de la littérature à la diplomatie, Olympe Bhêly-Quenum a porté haut les couleurs du Bénin et de l’Afrique. Écrivain, intellectuel, critique, diplomate et penseur du monde, il demeure une figure majeure de la littérature africaine contemporaine.
Les pages ouvertes d’un grand esprit au-delà du Bénin
Né le 20 septembre 1928 à Ouidah, en pleine colonie du Dahomey, Agblo Tchicoto Olympio Quenum, plus connu sous le nom d’Olympe Bhêly-Quenum, est le fils d’une grande prêtresse du Vodoun et le neveu du célèbre ethnologue Maximilien Quenum-Possy-Berry. Cette filiation marquera profondément son œuvre, nourrie d’humanisme, de spiritualité et d’une profonde connaissance des traditions africaines.
En 1953, il épouse Maryvonne Augustine Georgette Émilienne Lucerf, une Française originaire de Normandie, avec laquelle il partagea une vie de complicité intellectuelle et culturelle. De leur union naîtront quatre enfants. Leur histoire, symbole d’un amour au-delà des frontières et des préjugés, inspira en 1966 le documentaire « Un couple comme les autres ».
Un parcours d’érudition et d’engagement
Après un baccalauréat en lettres classiques et philosophie obtenu au lycée de Rennes, Bhêly-Quenum poursuit des études supérieures en Normandie et à Paris. Il décroche une licence en lettres classiques à l’Université de Caen, puis une licence de sociologie et une maîtrise de socio-anthropologie à la Sorbonne.
Professeur de lettres dans plusieurs lycées prestigieux de France Coutances, Paul-Langevin à Suresnes, et Jacques-Decour à Paris il se distingue par son ouverture intellectuelle et son exigence académique. Sa formation se complète par des études diplomatiques à Paris, La Haye, Rome et Milan, où il obtient la certification d’études diplomatiques de l’Institut des Hautes Études d’Outre-Mer.
Journaliste, diplomate et intellectuel panafricain
Homme de presse accompli, Olympe Bhêly-Quenum dirige dès 1963 la Société de gestion et de réalisation de presse. Il fonde et dirige ensuite les magazines La Vie Africaine et L’Afrique Actuelle, un bimensuel bilingue (français-anglais) publié entre 1965 et 1969.
Fonctionnaire international, il effectue de nombreuses missions à travers l’Afrique et l’Europe, œuvrant à la valorisation de la culture africaine et au dialogue entre les civilisations. En 1996, il devient correspondant de l’Académie de Nîmes et expert auprès de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) dans les domaines de la littérature et de l’anthropologie socio-culturelle, notamment sur les questions liées au vodoun.
Membre du PEN Club de France, de la Société des Gens de Lettres et de l’Association internationale des critiques littéraires, il a su concilier réflexion, écriture et action.
Une œuvre multiple et universelle
Son œuvre, traduite dans de nombreuses langues, explore les rapports entre l’Afrique et le monde, la tradition et la modernité.
Parmi ses ouvrages les plus marquants :
- Un piège sans fin (1960)
- Le Chant du lac (1965)
- Liaison d’un été (1968)
- Un enfant d’Afrique (1970)
- L’Initié (1979)
- Les Appels du vodou (1994)
- La Naissance d’Abikou (1998)
- La Danse du Grand Prêtre (2022), hommage à Fiacre Gbedji, guide touristique tué lors d’une attaque au parc de la Pendjari.
Son style, à la fois poétique et philosophique, allie la rigueur de la pensée européenne à la sensibilité africaine.
Distinctions et héritage
Lauréat du Grand Prix littéraire d’Afrique noire en 1966, chevalier de l’Ordre national du Bénin depuis 1995, Olympe Bhêly-Quenum a marqué son époque. Par son érudition, son sens du dialogue des cultures et sa plume lumineuse, il a ouvert la voie à plusieurs générations d’écrivains africains.
Un héritage vivant
Olympe Bhêly-Quenum n’est pas seulement un nom dans les bibliothèques : il est un pont entre les mondes, un témoin des luttes et des espérances africaines, un humaniste pour qui la littérature était avant tout un acte de foi en l’homme.
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