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Bohicon, carrefour économique et mémoire royale du Zou

Le marché où le mouton ne se vend pas

Le marché où le mouton ne se vend pas

À 130 kilomètres de Cotonou, la ville de Bohicon, au cœur du département du Zou, fascine autant par son dynamisme économique que par son histoire singulière. Héritière d’une tradition royale et d’un interdit vieux de plusieurs siècles, cette cité moderne conjugue mémoire, commerce et urbanisation.

Le berceau d’une ville née du royaume de Danxomè

Autrefois simple arrondissement d’Allahé, Bohicon a longtemps vécu dans l’ombre de la cité royale d’Abomey avant de tracer son propre destin. Érigée en sous-préfecture en 1973, puis en district urbain un an plus tard, elle devient en 2003 une commune à part entière à la faveur de la décentralisation, avec à sa tête feu Paulin Tomanaga, dont le stade municipal porte aujourd’hui le nom.

D’une superficie de 139 km², la ville est aujourd’hui administrée par le maire Rufino d’Almeida, élu à l’issue des élections communales de 2020. Elle est bordée au nord par Djidja, au sud par Zogbodomey, à l’est par Za-Kpota et à l’ouest par Abomey et Agbangnizoun.

Administrativement, Bohicon compte dix arrondissements : Bohicon I et II, Agongointo, Avogbanna, Gnidjazoun, Lissèzoun, Ouassaho, Passagon, Saclo et Sodohomè.

Une origine entre légende et défi mystique

L’histoire orale raconte que Bohicon, jadis lieu de repos du roi Tégbessou, abritait un marché réservé à la vente des butins de guerre moutons et cabris notamment par les guerriers du royaume. Ce marché fut baptisé Gbohi, signifiant littéralement « le marché des moutons ».

Mais une rivalité fraternelle vint marquer son destin : Zanvoh, frère du roi Dako-Donou (1620-1645), aurait interdit la vente des moutons vivants sur ce marché pour prouver sa puissance mystique. Ainsi naquit Gbohicon, devenu plus tard Bohicon sous la déformation coloniale.

Depuis lors, aucun mouton vivant ne s’y vend, même si la viande de ce ruminant y est autorisée. Une tradition respectée jusqu’à nos jours.

Un centre commercial stratégique

Véritable carrefour économique du Zou, Bohicon s’impose comme un pôle commercial majeur entre le port autonome de Cotonou et le Nord du Bénin, voire les pays de l’hinterland. Son marché central, l’un des plus animés du pays, s’ouvre tous les cinq jours et regorge de produits agricoles, artisanaux et culinaires identitaires tels que le Lio (pâte de maïs) ou l’Afitin (moutarde de néré).

La commune abrite également un parking de transit pour gros porteurs, symbole de son rôle de plaque tournante des échanges régionaux.

Elle revendique d’ailleurs la quatrième place nationale en termes d’importance économique.

Un patrimoine à la croisée de l’histoire et de la science

Bohicon séduit aussi les passionnés de géologie et d’archéologie. Le parc archéologique d’Agongointo, véritable musée à ciel ouvert, témoigne de la grandeur du royaume de Danxomè. La ville abrite aussi le parc zoologique privé de Dako, situé à Houawé, un espace prisé des visiteurs et chercheurs.

Une agriculture encore traditionnelle

Si Bohicon se modernise rapidement, l’agriculture reste un pilier pour près de 19 % de sa population. Les arrondissements de Sodohomè, Passagon et Saclo concentrent à eux seuls plus de 66 % des exploitants agricoles.

Les principales cultures sont le maïs, le manioc, le soja, l’arachide, le palmier à huile et les agrumes. Ces dernières sont essentiellement destinées à la vente, tandis que le maïs et le manioc nourrissent la consommation locale.

Cependant, la production reste dominée à 95 % par des méthodes traditionnelles, avec peu de mécanisation et un recours massif à la main-d’œuvre familiale.

Une ville en marche vers la modernité

Sous l’impulsion de son conseil communal composé de 25 élus, la municipalité de Bohicon poursuit sa marche vers la modernité tout en préservant son héritage culturel.

Entre traditions mystiques et ambitions économiques, Bohicon demeure cette cité où le passé dialogue avec l’avenir et où, par fidélité à l’histoire, le mouton ne se vend toujours pas.

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