La recomposition de l’Assemblée nationale issue des dernières législatives a installé au Bénin un Parlement largement dominé par les forces de la majorité présidentielle. Ce quasi-monolithisme, souvent présenté comme un gage de stabilité institutionnelle, n’est pourtant pas exempt de fragilités. Derrière l’unité apparente se dessinent des lignes de tension susceptibles d’affecter la cohésion interne du camp majoritaire, notamment lors des arbitrages stratégiques comme la répartition des postes au sein du bureau de l’Assemblée nationale.
La gestion délicate des équilibres internes
Dans un environnement politique dominé par un seul bloc, la principale épreuve ne vient plus de l’adversité frontale, mais de la gestion des susceptibilités internes. Les frustrations liées aux ambitions contrariées, aux équilibres régionaux ou aux courants politiques mal satisfaits peuvent produire des comportements ambigus.
Mal maîtrisées, ces tensions favorisent l’émergence d’acteurs politiques aux postures fluctuantes, oscillant entre loyauté affichée et calculs opportunistes. Une telle situation peut engendrer des stratégies d’entre-deux, où certains élus, sans rompre officiellement avec la majorité, adoptent des attitudes proches de l’opposition, agissant en observateurs intéressés plutôt qu’en partenaires engagés.
Une opposition absente mais stratégique
L’absence de représentants du parti Les Démocrates au sein de l’actuelle Assemblée nationale ne signifie nullement une mise hors jeu durable. En politique, le recul n’est jamais synonyme de résignation. Cette formation, naguère bien implantée dans l’hémicycle, conserve une expérience, un réseau et une capacité de nuisance stratégique.
Privée de tribune parlementaire, l’opposition pourrait chercher à exister autrement, en misant notamment sur l’exploitation des divisions internes au sein de la majorité dominante, ou en soutenant des initiatives capables de fragiliser l’unité du bloc au pouvoir.
Une majorité sous observation permanente
Dans ce contexte, chaque prise de position, chaque vote et chaque posture des nouveaux députés sera minutieusement analysé. La moindre dissonance peut devenir un point d’appui pour des manœuvres de déstabilisation politique.
Les retournements de situation ne sont jamais à exclure, surtout si des figures politiques émergentes, disposant de moyens financiers et d’une influence croissante, parviennent à capter les frustrations latentes et à les transformer en leviers d’action.
L’impératif de cohésion dans une nouvelle ère politique
À l’heure du septennat, la majorité présidentielle est appelée à faire preuve de maturité politique. La solidité de son action parlementaire dépendra moins de sa domination numérique que de sa capacité à préserver l’unité, à arbitrer avec équité et à prévenir les rivalités internes.
L’invisibilité institutionnelle de l’opposition ne saurait être confondue avec l’absence de pensées divergentes dans l’espace politique national. La démocratie, par essence, repose sur la coexistence de forces contraires. Comme les pôles d’un courant électrique, le plus et le moins demeurent indissociables.
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