Figure majeure du droit béninois, Conceptia Ouinsou demeure l’une des personnalités les plus respectées de l’histoire institutionnelle du Bénin. Juriste émérite, agrégée de droit privé et universitaire accomplie, elle a incarné durant toute sa carrière la rigueur intellectuelle, la probité morale et le sens élevé de l’État.
Née le 21 septembre 1942 à Grande-Saline (Haïti), elle a consacré l’essentiel de sa vie professionnelle au service du Bénin. Décédée le 2 mars 2011, elle laisse derrière elle un héritage scientifique et institutionnel qui continue d’inspirer les générations de juristes.
Une brillante carrière académique
Agrégée des Facultés de droit du CAMES en 1985, Conceptia Ouinsou s’impose rapidement comme une référence dans le domaine du droit privé et du droit de la famille. À l’Université d'Abomey-Calavi, elle occupe plusieurs fonctions stratégiques : vice-recteur, directrice des Affaires académiques, cheffe de département et présidente du Conseil scientifique.
Par son exigence méthodologique et sa passion pour la transmission du savoir, elle a formé des générations d’étudiants et contribué à structurer durablement l’enseignement du droit au Bénin.
Son engagement académique s’est traduit par de nombreuses publications de référence, parmi lesquelles :
L’enfant naturel en droit haïtien et français (Thèse d’État, Paris II, 1976)
La Nationalité béninoise (1983)
Réflexions sur le divorce au Bénin
La vocation successorale de la femme
Les grandes orientations du droit de la famille en Afrique francophone
Ses travaux, centrés notamment sur le droit de la famille, la nationalité et le droit international privé, demeurent des références doctrinales en Afrique francophone.
Une femme d’État au sommet de la justice constitutionnelle
En 1998, elle entre brièvement au gouvernement du président Mathieu Kérékou en qualité de ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique, du 15 mai au 12 juillet 1998.
La même année, elle accède à la présidence de la Cour constitutionnelle du Bénin, devenant la deuxième femme à occuper cette haute fonction après Élisabeth Pognon. Elle dirigera l’institution de 1998 à 2008, soit une décennie marquée par des décisions structurantes pour la démocratie béninoise.
Sous son autorité, la Cour constitutionnelle a consolidé son rôle de gardienne des libertés fondamentales et d’arbitre du jeu institutionnel. Ses avis et décisions continuent d’être cités dans les milieux juridiques comme des références majeures en matière de jurisprudence constitutionnelle en Afrique de l’Ouest.
Un engagement constant pour la femme et l’éducation
Au-delà des fonctions officielles, Conceptia Ouinsou fut une militante convaincue de l’égalité des chances, de la promotion de la femme et de l’accès universel à l’éducation. Ses réflexions sur le statut juridique de la femme, la succession ou encore le nom marital ont contribué à nourrir les débats législatifs et sociétaux au Bénin.
Son combat pour la dignité féminine et la justice sociale reste d’une actualité frappante.
Distinctions et reconnaissance nationale
En reconnaissance de son immense contribution, elle a reçu plusieurs distinctions prestigieuses :
Officier de l’Ordre des Palmes académiques
Officier de l’Ordre international des Palmes académiques du CAMES
Grand Officier (2000) puis Grand-Croix (2008) de l’Ordre national du Bénin
Un amphithéâtre de la Faculté de droit de l’Université d’Abomey-Calavi porte aujourd’hui son nom, perpétuant ainsi la mémoire de celle qui fit du droit un instrument de justice et de modernité.
Un héritage immortel
Épouse et mère de trois enfants, Conceptia Ouinsou aura marqué son époque par son élégance intellectuelle, sa discrétion et son intransigeance morale.
Plus qu’une juriste, elle fut une conscience nationale.
Son parcours rappelle que les institutions fortes reposent d’abord sur des femmes et des hommes d’exception. Et à ce titre, son nom demeure inscrit en lettres d’or dans le panthéon des grandes valeurs immortelles du Bénin.
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