Alors que les autorités béninoises intensifient les réformes dans le secteur de la distribution des produits pétroliers, l’essence de contrebande communément appelée kpayo continue de s’imposer dans le quotidien des populations. À Cotonou, en dépit de l’installation progressive de mini-stations-service modernes, les circuits informels demeurent fortement ancrés.
Sur les trottoirs et aux abords des grandes artères, des revendeurs ambulants poursuivent leurs activités, proposant du carburant conditionné dans des bouteilles ou bidons. Une pratique pourtant jugée dangereuse et régulièrement dénoncée pour les risques d’incendie et ses effets néfastes sur la santé publique.
Une réforme pour sécuriser le secteur
Sous l’impulsion du gouvernement dirigé par le président Patrice Talon, une stratégie de modernisation du secteur a été engagée avec le déploiement de mini-stations-service. Cette initiative vise à assainir la distribution du carburant, réduire les dangers liés à la manipulation de produits inflammables et intégrer progressivement les acteurs du secteur informel dans un cadre réglementé.
Un déploiement progressif mais encore insuffisant
À ce jour, plus de 2 000 mini-stations ont été installées sur un objectif global de 5 000 unités. Ces infrastructures couvrent déjà plusieurs zones urbaines, notamment Porto-Novo, Abomey-Calavi, Ouidah et Sèmè-Podji. Les autorités encouragent les vendeurs de kpayo à se regrouper en coopératives afin d’exploiter ces nouvelles installations dans un cadre formel.
Le poids du passé et les défis à relever
La persistance du kpayo s’explique en partie par des habitudes profondément enracinées, mais aussi par des considérations économiques et d’accessibilité. Le secteur informel du carburant fait vivre des dizaines de milliers de personnes à travers le pays, rendant toute transition délicate.
Le souvenir du drame survenu à Sèmè-Kraké en septembre 2023, marqué par une explosion meurtrière ayant causé plusieurs dizaines de victimes, reste encore vif dans les esprits. Cet événement tragique a renforcé l’urgence d’encadrer strictement la commercialisation des produits pétroliers.
Vers une transition progressive
Conscient de la complexité de la situation, le gouvernement privilégie une approche graduelle, combinant sensibilisation, réglementation et alternatives économiques. L’objectif à terme est de voir les mini-stations-service supplanter durablement les circuits clandestins, tout en garantissant sécurité, qualité du carburant et stabilité sociale.
Mais sur le terrain, la réalité demeure contrastée : entre modernisation en marche et résistance des pratiques traditionnelles, la bataille contre le kpayo est encore loin d’être gagnée.
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